La correction de mi-cycle de l’or : un assainissement, pas un retournement

Le marché des métaux précieux a effacé une large part d’une hausse exceptionnelle. Ses moteurs structurels demeurent pourtant intacts, les cours ont nettement reculé, et l’or ne pèse plus dans les actifs financiers mondiaux qu’une fraction de ce qu’il y représentait autrefois.

Pour investisseurs patrimoniaux et professionnels de l’allocation


ÉTAT DES LIEUX

Malgré la correction, l’or gagne encore 31 % sur un an, et le repli, considérable en valeur absolue, n’a rien d’exceptionnel au regard de la hausse qui l’a précédé. Un mouvement parabolique se termine rarement par une consolidation douce.

L’or a inscrit son plus haut en clôture le 28 janvier, à 5 417 dollars l’once, l’argent atteignant le même jour 116,70 dollars. En séance, les deux métaux avaient cette semaine-là dépassé 5 500 et 120 dollars. Les sociétés aurifères, quant à elles, n’ont culminé qu’un mois plus tard, le 27 février. Les points bas se sont ensuite établis à la mi-juillet : le 16, l’or clôturait à 3 976 dollars, en recul de 27 % depuis son sommet, et l’argent à 55,52 dollars, soit une chute de 52 %. L’indice NYSE Arca Gold BUGS a touché son point bas quatre jours plus tard, après avoir cédé 40 %.

La reprise qui a suivi s’est faite à des rythmes très différents. Au 14 août, date à laquelle sont arrêtés les niveaux de marché retenus dans ces pages, l’or a repris 10 % depuis son plus bas et reste 19 % sous son sommet. L’argent a regagné 17 % et demeure 45 % en dessous du sien. Les valeurs minières, enfin, ont déjà récupéré 30 % et se situent désormais 22 % sous leur plus haut de février. C’est donc l’argent qui a le plus reculé depuis son sommet, mais ce sont les valeurs minières qui se redressent le plus vite.

 
 

LES CAUSES DU REPLI

Elles sont au nombre de trois, et aucune ne met en cause ce qui soutient l’or à long terme.

La première tient au renversement du débat sur les taux. La nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale a coïncidé avec un renchérissement de l’énergie, provoqué par la perturbation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Les anticipations sont alors passées d’un assouplissement continu à l’hypothèse d’un resserrement, les taux réels sont remontés et le dollar s’est raffermi, ce qui pénalise mécaniquement un actif qui ne rapporte rien. Nous avions retenu la même lecture en février, quand cette nomination a d’abord été interprétée comme un changement de fond, et rien depuis ne nous a conduits à la réviser.

La deuxième est le débouclage du positionnement, qui s’est fait d’un coup. Le 30 janvier, l’or et l’argent ont connu leur séance la plus violente depuis au moins le début des années 1990, borne de l’historique intraday dont nous disposons. L’argent y a perdu 26 % en une journée, tandis que l’or refluait de son sommet à moins de 5 200 dollars avant de passer sous 5 000 dollars le lendemain. Analysant cet épisode, WisdomTree ne relève guère de trace d’excès spéculatif institutionnel, ni dans le positionnement sur les contrats à terme ni dans les flux de produits cotés, et attribue plutôt l’ampleur du mouvement aux particuliers et au marché de gré à gré.

La baisse plus marquée de l’argent au cours des mois suivants, 52 % contre 27 % pour l’or au plus bas, s’inscrit dans la même logique. La demande industrielle y a contribué, puisque le Silver Institute anticipe pour l’année un recul d’environ 3 %, avec des économies de matière et des substitutions signalées dans le photovoltaïque pour des raisons de coût. Mais les deux grandeurs sont sans commune mesure : quelques pour cent de consommation industrielle en moins d’un côté ; un prix divisé par deux de l’autre.

La troisième cause tient aux prises de bénéfices. Après dix-huit mois qui comptent parmi les plus favorables au secteur depuis des décennies, une part importante des détenteurs avait accumulé des gains considérables.

Rien de tout cela n’est inédit dans le cycle haussier en cours. Le secteur a déjà marqué plusieurs pauses, et lors de la dernière, en octobre 2025, il n’a fallu que dix-neuf jours pour atteindre le creux.


LA QUESTION DE L’ALLOCATION

Derrière l’agitation des cours, la place de l’or dans l’épargne mondiale évolue beaucoup plus lentement. L’or détenu par les investisseurs représente environ 9 000 milliards de dollars, qu’il s’agisse de lingots, de pièces, de fonds négociés en Bourse ou de détentions de gré à gré. Rapportée aux quelque 320 000 milliards que pèsent les actifs financiers, cette somme équivaut à près de 3 %. Il y a quarante ans, la part avoisinait 14 % (World Gold Council).

Ce ratio porte sur le marché et non sur un portefeuille particulier, le World Gold Council précisant expressément qu’il ne saurait être lu comme une allocation type. Ce qu’il établit, en revanche, c’est que les actifs financiers ont crû beaucoup plus vite que le stock d’or détenu par les investisseurs.

 
 

Le point de départ compte aussi. Le S&P 500 se traite à environ 41 fois ses bénéfices réels moyens des dix dernières années, mesure connue sous le nom de CAPE. La médiane depuis 1881 est de 16 à 17, et seuls dix-huit mois sur près de mille sept cents ont affiché un niveau supérieur, tous en 1999 et 2000. Le multiple de bénéfices attendus, lui, ressortait fin juillet 2026 à 20,9 fois, contre une moyenne décennale de 19,8 calculée sur la même base. Cette moyenne décennale est elle-même un repère fragile. La composition de l’indice s’est déplacée vers la technologie, et plusieurs des sociétés concernées ont allongé la durée d’utilité de leurs serveurs entre 2022 et 2025, ce qui relève le bénéfice publié sans modifier les flux de trésorerie : Meta chiffre l’effet à 2,9 milliards de dollars pour la seule année 2025. Rien d’irrégulier à cela : ces changements d’estimation sont documentés dans les comptes, et Amazon a d’ailleurs raccourci ses durées la même année. Il reste qu’un bénéfice par action ne se compare pas facilement d’une décennie à l’autre. Les deux mesures ne disent pas la même chose : le multiple de bénéfices attendus compare à une décennie déjà chère, le CAPE à un siècle et demi. Un investisseur qui arbitre aujourd’hui entre actions et actifs réels ne part donc pas d’un point neutre.

La taille relative de ce marché a une seconde conséquence. Le marché des sociétés aurifères est bien plus étroit que celui de l’or lui-même, si bien que les capitaux qui y reviennent produisent des mouvements disproportionnés et que les revalorisations y sont le plus souvent brutales plutôt que graduelles.

La question de l’allocation, elle, est d’une autre nature, et chaque investisseur, en fonction de ses contraintes propres, est seul à pouvoir y répondre. L’exposition à ce secteur résulte rarement, d’après ce que nous observons, d’une décision récente : elle tient le plus souvent à un arbitrage opéré il y a des années, dans un tout autre régime monétaire, et jamais réexaminé depuis. Reste à savoir si cette part est encore celle que l’on choisirait aujourd’hui, qu’il faille la relever ou la réduire. Une correction est un bon moment pour se le demander.

LA PRESSION BUDGÉTAIRE ET LES ACTIFS RÉELS

L’argument budgétaire sort renforcé de ces six mois. Les États-Unis affichent des déficits d’une ampleur que l’on n’observe habituellement qu’en temps de guerre ou de récession profonde, et la charge annuelle d’intérêts sur la dette fédérale, désormais supérieure à 1 000 milliards de dollars, compte parmi les tout premiers postes du budget. Dès lors que le service de la dette absorbe une telle part des recettes, la politique monétaire cesse peu à peu d’être indépendante de la gestion de cette dette.

L’histoire n’offre qu’un menu restreint. Une étude de Carmen Reinhart et Belen Sbrancia, publiée par le Fonds monétaire international, recense cinq voies de sortie d’un endettement excessif : la croissance, l’ajustement budgétaire, le défaut ou la restructuration, une poussée surprise d’inflation, et la répression financière accompagnée d’une inflation régulière. Les deux dernières ne s’appliquent qu’à la dette libellée en monnaie nationale, et elles se combinent le plus souvent. Entre 1945 et 1980, les taux réels ont été négatifs environ la moitié du temps dans les économies avancées. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, la dette ainsi liquidée a représenté entre 2 et 3,5 % du PIB par année de liquidation. À notre sens, cette dernière voie demeure la moins coûteuse politiquement, et elle érode la valeur réelle de la dette comme le pouvoir d’achat de l’épargne. C’est là que réside l’argument le plus durable en faveur des actifs réels.

Le contre-argument existe et mérite d’être entendu. Rien n’oblige cette pression budgétaire à se traduire dans les prix à court terme : les États peuvent en différer les effets des années durant, et une banque centrale qui parviendrait à maintenir des taux réels positifs priverait l’or d’un de ses principaux soutiens. Encore faut-il nuancer ce dernier point. La corrélation inverse entre le rendement réel à dix ans et le prix de l’or, très nette pendant une décennie, s’est distendue depuis 2022 : ce rendement est repassé au-dessus de 2 % et l’or a monté malgré tout, soutenu par les achats officiels et par la recherche de couverture, comme le relève le World Gold Council. La période 1979-1981 rappelle d’ailleurs qu’un cycle de resserrement violent a coexisté avec des sommets historiques pour l’or. Ces deux observations ne portent pas sur la même mesure : le rendement à dix ans est un taux de marché, tandis que l’enseignement de 1979-1981 concerne le taux directeur rapporté à l’inflation constatée. Nous en retenons néanmoins une lecture commune, à savoir que ce qui pèse sur l’or n’est pas le niveau des taux en soi mais le retard de la politique monétaire sur l’inflation, dont la mesure fait elle-même débat. Ce scénario nous paraît toutefois difficile à maintenir longtemps, dès lors que la charge d’intérêts dépasse déjà mille milliards de dollars par an. Le risque, pour un investisseur, n’est donc pas tant de se tromper que d’attendre longtemps.

UNE OFFRE INCAPABLE DE SUIVRE

Au deuxième trimestre, la production minière a progressé d’environ 2 % sur un an, à 966 tonnes, portée par de nouvelles productions au Canada et au Chili, tandis que le recyclage du métal reculait de 6 % en dépit de cours élevés, les détenteurs préférant ne pas vendre.

L’offre demeure structurellement peu réactive depuis une décennie. Les données de S&P Global montrent que le rythme des découvertes majeures continue de décliner malgré un effort d’exploration soutenu, et situent à une quinzaine d’années le délai moyen entre une découverte et sa mise en production. Les procédures d’autorisation se sont allongées sur la même période, et les producteurs ont privilégié la rentabilité au détriment de la croissance des volumes.

Une hausse des cours ne génère donc guère de production supplémentaire à l’horizon d’une décision d’investissement. Le recyclage et la mobilisation des stocks existants réagissent plus vite et peuvent atténuer une flambée des cours, mais ils n’ajoutent rien au stock mondial. Sur le métal neuf, la capacité du secteur à répondre à des cours plus élevés reste donc limitée.

UNE DEMANDE QUI S’EST ÉLARGIE

La demande totale d’or du deuxième trimestre ressort stable sur un an, à 1 269 tonnes, ce qui porte le premier semestre à environ 2 522 tonnes, en hausse de 2 %, soit quelque 380 milliards de dollars (World Gold Council).

Les banques centrales ont acheté 289 tonnes nettes sur le trimestre, soit 62 % de plus qu’un an plus tôt, la Pologne s’imposant comme premier acheteur et la Banque populaire de Chine ajoutant 33 tonnes, sa plus forte progression trimestrielle depuis la fin de 2023. Le tableau d’ensemble est toutefois plus mesuré. Avec 345 tonnes, la demande officielle du premier semestre est la plus faible depuis 2022, et le World Gold Council anticipe pour la suite un rythme légèrement inférieur à celui des quatre dernières années. Ces achats ont par ailleurs été réalisés au cours de ce trimestre baissier, même si les données publiées ne permettent pas de les y situer précisément.

Interrogés par la même institution sur ce qui les conduit à détenir de l’or, 90 % des banques centrales citent sa performance en période de crise, un record pour cette réponse, 84 % son rôle de réserve de valeur à long terme et 83 % ses propriétés de diversification. La couverture du risque géopolitique divise en revanche les répondants : 85 % des banques centrales des économies émergentes la jugent pertinente, contre 56 % de celles des économies avancées.

Le lieu de conservation mérite d’être examiné au regard de ces motifs, l’or détenu à l’étranger étant davantage exposé à la juridiction qui l’abrite. La Bank of England reste le lieu de conservation le plus utilisé, cité par 57 % des répondants, devant la conservation nationale à 49 %. Ces deux niveaux ont reculé par rapport à l’an dernier, mais la part des répondants qui refusent de se prononcer est passée dans le même temps de 8 % à 20 %, si bien que les pourcentages déclarés ne mesurent pas fidèlement où se trouve le métal. Les réponses portant sur les changements effectivement opérés sont plus solides : au cours des douze derniers mois, 9 % des répondants ont accru la part conservée sur leur territoire et 10 % ont diversifié leurs lieux de conservation à l’étranger, contre respectivement 5 % et 2 % l’année précédente. Les achats officiels obéissent ainsi à plusieurs motifs à la fois, et les gestionnaires de réserves modifient leurs lieux de conservation plus vite que ces pourcentages ne le laissent paraître.

La demande d’investissement privée, quant à elle, s’est redéployée plutôt que disparu. Les ETF adossés à l’or ont enregistré 45 tonnes de sorties sur le trimestre, mais les flux du premier semestre restent légèrement positifs. La demande de lingots et de pièces n’a cédé que 3 % sur un an et demeure très supérieure à celle du premier semestre de l’an dernier. Les acheteurs de gré à gré ont eux aussi absorbé des ventes, à hauteur de 327 tonnes sur le trimestre selon le World Gold Council, qui en attribue une partie à l’Asie. Ce chiffre est toutefois moins solide que les autres, le gré à gré étant reconstitué plutôt que directement mesuré. Les volumes de bijouterie fléchissent enfin sous l’effet des cours élevés, alors que les montants dépensés continuent de progresser.

Le marché repose donc sur plusieurs sources de demande distinctes et non sur un flux unique, ce qui le rend nettement moins fragile que lors des cycles passés, dominés par la demande d’investissement.

 
 

LES VALEURS MINIÈRES

Ce sont elles qui ont encaissé le choc le plus dur, alors même qu’elles abordaient la correction avec des multiples déjà inférieurs à ceux des grands secteurs cotés. La décote est aujourd’hui considérable : la valeur d’entreprise des sociétés aurifères représente 7,0 fois leur EBITDA attendu sur douze mois, contre 20,0 fois pour la technologie mondiale, 15,8 pour l’industrie et 14,6 pour la santé. Sur l’EBITDA des douze mois écoulés, l’écart se creuse davantage encore, 7,9 fois contre 29,1 pour la technologie. La même décote se lit sur les bénéfices : les minières se traitent à 10,7 fois leurs résultats attendus, contre 20,9 fois pour le S&P 500.

Cette décote ne reflète pourtant pas l’état des sociétés que nous suivons. Leurs bilans se présentent mieux qu’au cours du cycle précédent, leur endettement reste faible au regard de la trésorerie qu’elles dégagent aux cours actuels, et le versement de dividendes comme le rachat d’actions y sont devenus une politique établie plutôt qu’un geste occasionnel. Rien de tout cela ne se lit encore dans les multiples. La marge nette de l’indice minier dépasse désormais celle du S&P 500, 26,9 % contre 12,6 %, alors qu’elle lui était très inférieure il y a dix ans. Cette supériorité tient largement au niveau du cours de l’or, donc à un facteur externe, et rien ne garantit qu’elle se maintienne si le métal reflue. Il reste que le prix des actions minières n’a pas encore intégré ce niveau de rentabilité.

Reste à savoir si la discipline de capital dont ces sociétés font preuve aujourd’hui survivra à la phase suivante du cycle. Le secteur ne s’est pas montré exemplaire aux sommets précédents : des acquisitions conclues au plus haut, des capitaux engagés sur des projets marginaux dans l’hypothèse d’une hausse indéfinie des cours. Chez celles que nous suivons, les dépenses vont aujourd’hui à l’extension de mines existantes et à la qualité des actifs plutôt qu’à la croissance des volumes, mais la véritable épreuve viendra quand les cours auront monté et que la tentation reviendra. C’est précisément pour cette raison qu’il vaut mieux, dans ce secteur, choisir ses sociétés plutôt que de s’exposer à l’ensemble.

Une objection revient souvent à leur sujet : les mines restent des actions et devraient donc décrocher avec le marché lorsque celui-ci corrige. L’histoire récente ne le confirme pas. Lors des six phases de baisse du S&P 500 supérieures à 15 % depuis 2007, l’indice NYSE Arca Gold BUGS a mieux résisté à chaque fois. En 2008, il perdait 31 % quand l’indice américain cédait 57 %. Au plus fort de la crise sanitaire, 26 % contre 34 %. En 2018, les mines gagnaient 12 % pendant que le S&P perdait 20 %. Au printemps 2025, elles terminaient l’épisode à l’équilibre alors que l’indice cédait 19 %. Ce qui suit le creux est en revanche beaucoup moins régulier, et nous n’en tirons aucune conclusion. Une explication possible tient à la nature de leur revenu : le chiffre d’affaires d’une mine en production dépend d’abord du cours du métal, davantage que du cycle économique, si bien qu’une phase où l’or monte pendant que les actions baissent peut élargir ses marges au moment où celles du reste du marché se contractent.

 
 

LE POINT DE VUE D’APIS

Nous lisons la phase actuelle comme un assainissement à l’intérieur d’une tendance haussière séculaire, et non comme sa fin. Nous préférons donc choisir nos sociétés une à une plutôt que de nous exposer au secteur dans son ensemble. Les critères que nous retenons sont la qualité des actifs, la juridiction où se trouvent les réserves, le coût de production, la solidité du bilan et la manière dont les équipes dirigeantes ont alloué le capital par le passé. Dans un environnement de cours orientés à la hausse, le choix de l’opérateur pèse selon nous davantage sur le résultat final que le point d’entrée.

Cette lecture se traduit notamment dans le positionnement de nos stratégies. Nous avons renforcé notre exposition à deux reprises, une première fois à l’approche des 4 400 dollars, une seconde entre 4 000 et 4 100 dollars, à chaque fois alors que les cours reculaient encore, et non après l’amorce du rebond. Nous construisons nos positions par tranches plutôt qu’en une fois, ce qui permet précisément de renforcer alors même que la tendance reste défavorable. La politique d’investissement de certains de nos compartiments autorise le recours aux options ; nous y avons vendu des options de vente à des niveaux inférieurs. Si les cours y reviennent et que les options sont assignées, notre exposition se renforce au prix que nous avions retenu ; s’ils n’y reviennent pas, la prime encaissée rémunère l’attente.

Depuis ces opérations, l’environnement macroéconomique a évolué dans le sens que nous envisagions. La Réserve fédérale s’est jusqu’ici tenue davantage dans le discours que dans l’action. Quant à l’intervention récente sur le yen, nous y voyons une forme de monétisation, conduite pour le compte d’un État dont l’endettement laisse peu de marge. C’est notre interprétation de l’épisode, non son objectif affiché. L’or a recommencé à monter, sans avoir encore trouvé le niveau où il se stabilisera.

Les prévisions des banques, en revanche, sont allées dans le sens opposé au nôtre, toutes ayant été abaissées au cours de l’été. Goldman Sachs est passée de 5 400 à 4 900 dollars le 19 juin, après avoir retiré de son scénario les baisses de taux qu’elle attendait en 2026. J.P. Morgan a procédé à la révision la plus forte, ramenant sa moyenne du quatrième trimestre, le 3 juillet, d’environ 6 000 à 4 500 dollars, cette fois pour une raison de demande plutôt que de taux. HSBC et Deutsche Bank ont fait de même : la première a maintenu son objectif de fin d’année à 4 750 dollars tout en abaissant sa moyenne annuelle, la seconde a réitéré 4 600 dollars début août. Aucune de ces prévisions n’est toutefois inférieure aux cours du moment, la plus basse d’entre elles restant au-dessus des 4 376 dollars du 14 août.

Notre anticipation de fin d’année se situe au-dessus de l’ensemble de ces chiffres. Si Jackson Hole et la réunion de septembre s’achèvent sans décision, dans un contexte de coûts énergétiques en hausse, nous attendons un retour de l’or au-dessus de 5 000 dollars avant la fin de l’année. UBS retenait un niveau comparable le 7 août, mais le situait au premier semestre 2027 : le désaccord porte donc sur le calendrier et non sur la destination. Nous préférons avancer un chiffre et en répondre plutôt que de nous contenter d’une direction.

CE QUE NOUS EN RETENONS

La thèse d’une détention de métaux précieux sur un horizon pluriannuel repose sur quatre piliers : une trajectoire budgétaire qui conduit plus probablement à la répression financière qu’à la rigueur, une offre incapable de répondre par une production nouvelle, une demande qui s’est élargie, enfin un marché dont la taille reste modeste au regard des capitaux susceptibles d’y entrer. Aucun de ces piliers n’a cédé au cours des six derniers mois. Ce qui sépare janvier d’aujourd’hui n’est pas la thèse mais le prix, et sur cette base notre conviction est plus ferme qu’elle ne l’était au plus haut de janvier.

Rien de tout cela ne dit ce que seront les prochaines semaines. Le positionnement est plus sain qu’en janvier, mais la trajectoire des taux reste la variable susceptible de faire basculer le scénario, et une hausse des taux en septembre, ou une désescalade au Moyen-Orient, pourraient provoquer une nouvelle jambe baissière avant que notre scénario de fin d’année ne soit confirmé ou démenti. L’exercice de mi-année du World Gold Council décrit d’ailleurs un marché qui devrait rester globalement dans sa fourchette actuelle, tout en reconnaissant que les conditions d’une sortie sont réunies. Nous avons une conviction sur la direction et une anticipation conditionnelle sur le niveau, mais nous ne prétendons pas savoir par quel chemin le marché y parviendra.

Ce que l’histoire suggère, en revanche, c’est que les consolidations à l’intérieur des tendances haussières séculaires ont été les moments où les positions de long terme se sont constituées plutôt que dénouées. Dans la plupart des secteurs, on peut fixer un prix d’achat et attendre patiemment qu’il soit atteint. Ici, la mécanique est différente : le marché est trop étroit pour la taille des capitaux qui peuvent s’y porter, et lorsque la hausse s’enclenche, elle va vite. Celui qui attend la confirmation constate le plus souvent qu’elle est arrivée sans lui. C’est ce qui distingue ce secteur des autres, et ce qui explique que les positions s’y construisent pendant la correction plutôt qu’après la reprise. Nous reviendrons sur ce point après Jackson Hole et la réunion de septembre.

AVERTISSEMENT

Le présent document a été préparé par APIS Asset Management à des fins exclusivement informatives. Il ne constitue ni une offre de souscription, ni une sollicitation d’investissement, ni un conseil en investissement, et ne saurait être interprété comme tel. Les analyses, opinions et estimations qu’il contient reflètent le jugement de leurs auteurs à la date de publication et sont susceptibles d’évoluer sans préavis. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les investissements dans les métaux précieux et les instruments financiers associés comportent des risques, notamment des risques de marché, de volatilité, de liquidité et de perte en capital. Ce document ne tient pas compte de la situation financière particulière, des objectifs d’investissement ou des besoins spécifiques de tout destinataire. Il appartient au lecteur de procéder à sa propre analyse et, le cas échéant, de consulter ses conseillers professionnels avant toute décision d’investissement. La reproduction ou la diffusion du présent document, en tout ou en partie, est interdite sans autorisation préalable d’APIS Asset Management.

SOURCES

• World Gold Council, Gold Demand Trends Q2 2026

• World Gold Council, Gold Mid-Year Outlook 2026

• World Gold Council, Gold Market Primer: market size and structure

• World Gold Council, Central Bank Gold Reserves Survey 2026

• World Gold Council, You asked, we answered: are fiscal concerns driving gold?, juin 2025

• WisdomTree, analyse de l’épisode de volatilité du 30 janvier 2026, pour les niveaux en séance des 29 et 30 janvier

• Silver Institute, sur la demande industrielle d’argent et la substitution dans le photovoltaïque

• S&P Global Market Intelligence, sur le rythme des découvertes aurifères et les délais entre découverte et production

• S&P 500 Shiller CAPE, données de Robert Shiller, niveau au 1er août 2026

• Rapports annuels 10-K de Meta, Microsoft, Alphabet et Amazon, pour les durées d’utilité des serveurs et les effets publiés des changements d’estimation

• Bloomberg, extractions internes au 14 août 2026, y compris pour les six phases de baisse du S&P 500 supérieures à 15 % depuis 2007. Or au comptant (XAU Curncy), argent au comptant (XAG Curncy), NYSE Arca Gold BUGS (HUI Index) et indices sectoriels MSCI World pour la technologie (MXWO0IT), la santé (MXWO0HC) et l’industrie (MXWO0IN). EV/EBITDA à douze mois historique et prospectif, P/E à douze mois prospectif et marges nettes au 31 juillet 2026, les chiffres prospectifs reposant sur le consensus des analystes sell-side

• US Congressional Budget Office, pour le déficit et la charge d’intérêts des États-Unis

• Carmen M. Reinhart et M. Belen Sbrancia, The Liquidation of Government Debt, IMF Working Paper 15/7 (janvier 2015). Les chiffres cités proviennent de cette version révisée, et non du document de travail de 2011

• Prévisions publiées sur l’or : Goldman Sachs (19 juin 2026), J.P. Morgan (3 juillet 2026, moyenne du quatrième trimestre), HSBC (9 juillet 2026), Deutsche Bank (3 août 2026), UBS (7 août 2026, premier semestre 2027)

• Sauf mention contraire, les cours et variations cités sont des clôtures, calculées de clôture à clôture, issues d’une même extraction Bloomberg arrêtée au 14 août 2026

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